Haptonomie ou la magie d’une communication prénatale

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Nous sommes en 2013 et je suis enceinte de 3 mois. Le bébé qui grandit dans mon ventre n’est pas plus gros qu’une clé USB quand on me parle pour la première fois d’une pratique encore inconnue pour moi : l’haptonomie. L’aventure me mènera jusqu’au Docteur Véronique Cannet Charvoz qui a fait de l’haptonomie une manière de vivre son métier de médecin généraliste. Cette rencontre nous a permis, à moi et Stéphane, de nous connecter à notre enfant avant sa naissance et de préparer son arrivée. Elle m’a également fait découvrir une nouvelle vision du « prendre soin de l’autre », trop souvent absent de notre médecine moderne.

On est en novembre et je suis en reportage dans les caves d’un château bourguignon. Je suis enceinte mais ça ne se voit pas encore. C’est uniquement parce qu’au cours de la visite, le Directeur qui me reçoit, me demande si je souhaite déguster les vins du domaine, que je déclare, non sans un soupçon de regret, que cela aurait été avec grand plaisir mais que non, car je suis enceinte. Contre toute attente, il me demande comment se passe ma grossesse. Cette question, habituellement féminine, pourrait avoir été posée poliment mais non, je sens bien que la réponse l’intéresse vraiment. On échange sur le sujet car il s’avère que son épouse en a vécu sept… de grossesses ! Et, le monsieur me demande si je fais des séances d’haptonomie. Euh…. C’est-à-dire ? Parce que, voyez-vous, je ne sais pas ce que ça veut dire moi « haptonomie ». Le reportage prend alors une toute autre tournure…  Cet heureux père de sept enfants, pour un bon nombre déjà élevés, est un adepte de l’haptonomie. Il m’explique qu’il s’agit d’une communication par le toucher, entre les parents et leur futur enfant. Son enthousiasme est palpable, convaincu que l’haptonomie participe à mettre au monde des personnes bien dans leurs baskets, ce qui a l’air d’être le cas de ses 7 enfants (ça en fait des baskets !) Curieuse comme je suis et sans cesse à la recherche de nouvelles expériences, vous pensez bien que je n’allais pas rater l’occasion de tester ça.

Aujourd’hui, c’est-à-dire  trois ans après, je remercie ce monsieur d’avoir entrebâillé une porte que j’ouvrais largement quelques semaines plus tard en faisant connaissance avec le Docteur Véronique Cannet Chervoz.

En quoi consiste l’haptonomie prénatale ?

L’objectif de l’haptonomie prénatale est d’accompagner la femme et son compagnon pendant la grossesse et leur proposer d’écrire leur histoire à trois avant la naissance. La première séance consiste à faire vivre à la femme la différence entre son utérus, l’organe qui porte son fœtus et sa capacité à être pleinement avec son enfant dans son giron. La future maman apprend à développer sa capacité à faire la place à son enfant et à vivre sa tendresse avec lui, par le biais de gestes, d’intentions, d’invitations. Même quand le fœtus est encore trop petit pour que la mère puisse le sentir, elle peut néanmoins l’inviter à évoluer dans son giron, à danser dans sa vague et d’être, à ce moment là, entièrement avec son enfant. Il faut savoir que le toucher est notre sens le plus archaïque. Nous sommes des êtres de tendresse, de lien et de vulnérabilité.

Au cours des séances, le père va lui aussi apprendre à prendre conscience de son propre corps, à ressentir les déplacements de bébé dans le giron de la mère. Par l’apposition des mains, la parole, la pensée, sa présence, il va mettre en place une communication avec son enfant, créer une relation avec lui et ainsi, trouver sa place de père avant même la naissance. L’haptonomie permet aussi à l’homme d’accompagner la mère au début de l’accouchement. Les gestes appris durant les séances peuvent en effet permettre de soulager la douleur des contractions.

L’haptonomie est avant tout un rendez-vous, une parenthèse ou rien d’autre n’existe que notre relation à l’autre, notre histoire à trois. Le thérapeute nous guide, nous apprend à lâcher prise pour mieux ressentir mais sans intrusion. C’est un moment privilégié qui se vit dans le contact et la tendresse.

Les atouts de l’haptonomie

On peut proposer à une femme qui a du mal à procréer de venir prendre conscience de son giron durant des séances d’haptonomie. Après la procréation, l’idéal est de commencer avant la fin du 5ème mois, même si on peut commencer plus tôt, vers 3 mois. Grâce à l’haptonomie, les bébés vivent la confiance profondément en eux. On dit qu’ils sont affectivement « confirmés ». Ils ressentent moins la fracture entre le monde maternel du giron, et le monde extérieur qui est celui du père. Le bébé vit ce qu’on appelle le continuum, surtout lorsqu’il retrouve les bras de son père, ses mains qu’il connait déjà. Si l’adulte en face de lui est sain, bien enraciné, le bébé d’haptonomie va développer une soif, une vraie curiosité d’aller rencontrer le monde, et ce très tôt, car ils sont en confiance. D’autres bébés mettront plus longtemps, tout occupés qu’ils sont les premières semaines, à regarder, observer, comprendre le monde dans lequel ils viennent de débarquer. Ensuite, vers 4 mois, dès que l’enfant commence à développer ses premiers traits de caractère (enfant plutôt moteur par exemple), si les parents l’accompagnent correctement et mettent en avant ses premières qualités, un bébé d’haptonomie osera plus facilement se lancer à l’aventure. L’histoire vécue avant permet non seulement à  l’enfant d’être rassuré et aux parents d’être beaucoup plus en confiance dans le rapport avec leur bébé.

J’ai testé l’haptonomie…

J’ai commencé l’haptonomie à 4 mois de grossesse. Personnellement il m’a fallu du temps pour ressentir les choses. Il faut dire que j’ai un mental très (trop) présent. Lâcher prise pour me concentrer sur mes sensations et mon ressenti sans être dans l’observation, la réflexion et l’analyse m’est assez difficile (mais je me soigne !) Au départ je ne sentais pas grand-chose à vrai dire. Stéphane a ressenti plus vite des choses alors que tout se passait à l’intérieur de moi ! C’est à 5 mois de grossesse et des brouettes, que j’ai réellement senti une corrélation entre la position de mes mains, mes intentions prononcées à voix haute ou simplement pensées et les mouvements de ma fille. J’ai alors commencé à sentir des vagues. C’est le bébé qui se déplace, qui fait ses longueurs. L’interaction avec son père est sans doute ce qui m’a le plus émerveillée. Au contact de sa main sur mon ventre, Gabrielle se déplaçait pour venir se lover juste dessous. Si je la sentais à droite et que Stéphane posait sa main à gauche, immédiatement elle traversait le giron. Plus tard, le son de la voix de son père qui entrait dans l’appartement suffisait à la faire réagir. Elle allait toujours à l’endroit d’où venait la voix.

Plus on se rapproche de la naissance, plus bébé prend de la place, plus le lien, la connexion, la communication se fait précise. Une expérience m’a particulièrement troublée. Véronique voulait me faire prendre conscience que je pouvais inviter Gabrielle à descendre au fond de mon utérus. Assise sur un ballon, mains posées en haut et en bas du ventre, yeux fermés, je demandai mentalement à Gabrielle : « ma chérie, montre-moi comme tu peux descendre au fond du ventre de maman. C’est par là que tu devras passer pour venir à notre rencontre. » Et je sentais alors tout son poids pesé dans mon bassin, me stabilisant soudainement sur le ballon. Lorsque je lui demandai de remonter, la sensation du poids dans mon bassin disparaissait, me déséquilibrait presque. Cet exercice m’a, il me semble, particulièrement aidée durant l’accouchement. J’ai eu l’impression d’un travail d’équipe dans lequel Gabrielle participait activement. Elle est descendue rapidement permettant ainsi l’ouverture du col et m’épargnant plusieurs heures de contractions (les deux vécues étaient nettement suffisantes à mon goût !)

L’haptonomie a permis à Stéphane de trouver sa place quasiment dès le début de la grossesse et de m’accompagner véritablement. Mieux encore, lorsqu’elle est née, il a immédiatement eu les bons gestes, été à l’aise avec elle. Il ne s’est jamais senti ni de trop, ni maladroit, mais tout de suite et pour toujours je pense, à la bonne place, dans son rôle de père.

Dès sa naissance, Gabrielle est apparue connectée. Le lendemain déjà, lorsque je lui parlais, elle me souriait (et non, non, non ce n’étaient pas des rictus de coliques comme on m’a dit un jour). Elle a planté ses yeux dans les miens très vite, l’air de me dire « t’as vu, on a bien bossé hein ?! » Par la suite, je n’ai eu qu’à me réjouir du comportement de ma fille. Nombreux sont les parents dans ce cas qui n’ont pas fait d’haptonomie et qui vivent le même bonheur que nous (heureusement !) Le fait est que, en ce qui nous concerne, haptonomie responsable ou pas, Gabrielle a fait ses nuits au bout de 3 semaines. Très assurée et rassurée, elle n’a que très peu pleuré, toujours souri et s’est lancée à 11 mois à la conquête de ce nouveau monde, non pas en marchant mais en courant (ce qui lui a valu quelques bonnes chutes qui ne l’ont, malgré tout, jamais freinée). Les visites chez Véronique ne sont, depuis sa naissance, que sourires et fierté de montrer ses progrès. Aujourd’hui, Gabrielle a deux ans et reste une enfant sociable, très épanouie qui respire la joie de vivre. Elle a une relation extraordinaire avec son papa qui me remercie régulièrement de lui avoir permis de vivre l’haptonomie et de lui avoir donné une enfant si extraordinaire (oui, bon, il est fan, il est fan ! Mais en même temps, je ne vais pas le contredire !)

L’haptonomie ou comment prendre soin de l’autre : le parcours du Dr Véronique Cannet Charvoz

Pour comprendre qui est le Dr Cannet Charvoz et son rapport à l’haptonomie, il faut remonter un peu le temps, à la recherche de son histoire et de son chemin de vie. Dans les années 80, Véronique exerce en tant que médecin PMI (Protection Maternelle et Infantile). Elle est déjà dans le « prendre soin des enfants », de leur intégration dans une approche globale et communautaire (notamment lors des soins santé primaires en Afrique). Elle participe alors à favoriser leur autonomie, leur socialisation, leur créativité et se demande comment aider l’autre à promouvoir sa santé ? Elle est jeune, manque encore de confiance et se sent étriquée dans la démarche psychanalytique qu’elle a choisi. Dans cette recherche d’une approche globale du prendre soin de ses patients, il lui manque un espace. Elle le trouvera à travers la vision de Françoise Dolto et le « holding » du psychanalyste Winnicott (pédiatre à ses débuts) qui explique que le portage est un langage. Des concepts qui balisent son chemin jusqu’à sa rencontre en 1986 avec Frans Veldman et la phénoménalité haptonomique.  « Nous avons tous une approche très personnelle de l’haptonomie. On la modèle avec sa propre créativité. On la nourrit de ce qu’on est » explique le Docteur Cannet Charvoz.  Pour Véronique, elle va se traduire dans sa façon d’accueillir, d’écouter et d’accompagner ses patients dans une attitude respectueuse et ouverte : « Pour ma part, il est essentiel d’avoir une écoute ouverte c’est-à-dire laisser l’autre s’exprimer et mettre en route ses ressources, quels que soient son âge, sa culture, son statut social, son appartenance à une communauté ».  Dans ce prendre soin, Véronique découvre les outils que lui offre l’haptonomie, dans l’accompagnement de l’autre, de la pré-naissance à la fin de vie, dans sa globalité d’être humain dans son « trépied », c’est-à-dire son identité, son intégrité, son intériorité. « L’haptonomie nous autorise à être dans ce vécu d’intime à intime en respectant la place de l’autre sans être intrusif, sans exercer l’autorité qu’on peut avoir sur l’autre quand on est médecin.»

L’haptonomie lui a également permis de sentir peu à peu comment déployer sa présence, être dans le « ici et maintenant » et le « main-tenant ». Etre là sans rien vouloir de l’autre. Cette qualité de la présence et de l’invitation sont, pour elle, les clés de l’application de l’haptonomie dans le prendre soin.  « Ma façon de travailler permet au patient de s’approprier le cabinet médical, de le faire sien, sans m’en déposséder. Les patients sont à l’aise et la confiance peut s’installer et traverser les années. L’haptonomie m’a permis d’oser aller vers mes patients et ne plus être dans une démarche technique, protocolaire et assez froide. »

Son expérience en haptonomie, haptonomie prénatale et haptopsychothérapie, lui a permis de suivre certaines personnes, de la petite enfance à l’âge adulte, et de les accompagner dans tous les stades essentiels d’une vie (entrée à l’école, adolescence, entrée dans le monde du travail…)

Cette démarche de protection et de promotion de la santé n’a finalement jamais quitté le Docteur Cannet Chervoz. Comme un fil rouge, elle est depuis 30 ans, une façon d’être et d’accompagner son métier de médecin généraliste au quotidien.

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